La question du dopage dans le sport mérite d'être examinée sous différents angles. Peut-on considérer le dopage uniquement dans le cadre de compétitions où un classement est établi entre les athlètes ? Dans les disciplines telles que l'alpinisme, l'escalade ou le trail, peut-on accorder du crédit à un athlète qui réalise un record personnel en termes de distance, de vitesse ou d'autres paramètres, en l'absence de contrôles anti-dopage officiels ? Cela tempère grandement tous ces records exposés actuellement sur des réseaux sociaux ou autres (record GR20, Everest express etc...)
Ce printemps, une expédition à l’Everest utilisera du xénon pour se passer d’acclimatation. Le xénon est un gaz utilisé comme anesthésiant depuis des décennies et il a un effet complémentaire, il booste la production d’EPO dans l’organisme. Il accélère la production de globules rouges et donc la capacité du corps à transporter de l’oxygène. Une demi-heure de xénon équivaudrait donc à une acclimatation de plusieurs semaines en haute altitude. Les instances internationales du sport considèrent le Xénon et l’EPO comme substances dopantes mais les opposants soulignent « l’alpinisme n’est pas un sport organisé, donc techniquement il ne peut y avoir de dopage en alpinisme".
Xénon – Comment ça dope ?
Le mécanisme du Xénon boostant la production endogène d’EPO est le même que les différents gaz induisant une hypoxie tels que l’argon, le cobalt, le monoxyde de carbone et les chambres d’altitude. Ainsi, une inhalation calibrée à ces différents gaz produit une hypoxémie (diminution de l’oxygène sanguine) pouvant, à son tour, provoquer – en activant les facteurs inductibles par l’hypoxie (HIF) – une sécrétion accrue d’EPO favorisant une polyglobulie d’altitude et son corollaire, une meilleure oxygénation des tissus, notamment musculaires.
Précisons que le Xénon, le cobalt et l’argon sont référencés dans la liste des substances illicites de l’AMA depuis 2014. Le monoxyde de carbone (CO) ne s’y trouve pas. Mais, par assimilation au mécanisme des trois autres, il doit être considéré comme prohibé en sachant que l’AMA et ses laboratoires officiels sont incapables de le détecter.
Par ailleurs, les tentes et chambres hypoxiques, elles, sont autorisées.
A partir des années 1950, ces produits arrivent en masse dans le sport et dans les expéditions en haute montagne. Pendant 15 ans, de 1950 à 1964, les 14 plus hauts sommets de la planète dépassant tous la barrière mythique des 8 000 mètres, ont été vaincus par des grimpeurs sublimés aux amphétamines. Les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal sont les premiers à gravir un plus de 8 000 m, en parvenant à la cime de l’Annapurna, le 03 juin 1950 en absorbant du Maxiton. L’Everest (8 849 m) est conquis par Edmund Hilary (Nouvelle-Zélande) et Norgay Tenzing (Népal) le 29 mai 1953 avec l’aide de la Benzédrine. Les allemands parviennent au sommet du Nanga Parbat (8 126m) grâce à l’exploit de l’Autrichien Hermann Buhl qui atteint la cime le 3 juillet 1953 alors qu’il est seul à grimper depuis l’altitude 7000 m en ayant recours au Pervitin.
Les Italiens Achille Compagnoni et Lino Lacedelli s’adjugent le K2 (8 611 m) le 31 juillet 1954 en prenant de la Simpamina. A l’époque ces différentes spécialités d’amphétamines sont considérées comme des produits de soutien en vue de la marche d’approche et de l’assaut final.(Dr Jean Pierre de Mondenard)